Tentative du record de l’heure en cyclisme : les coulisses de la préparation de Mathias Ribeiro Da Cruz

Tentative du record de l’heure en cyclisme : les coulisses de la préparation de Mathias Ribeiro Da Cruz

Le 5 septembre, Mathias Ribeiro Da Cruz s'élancera dans une discipline ancestrale du cyclisme sur piste : le record de l’heure, avec pour but de battre le record français de Louis Pijourlet. Il devra pour cela parcourir la distance de 52,557 km sur le temps imparti.

Dans cet article, nous revenons en détail sur les temps forts de sa préparation, ponctués par le regard de son entraîneur, Vincent Flumian
, pour comprendre les coulisses de ce qui pourrait être un véritable exploit sportif.

Crédit photo par
Quentin Joly

Contexte de l’objectif 

Mathias n'est pas un coureur à plein temps. À côté du vélo, il travaille près de 28 heures par semaine. En parallèle, il a choisi de se lancer pour la fin 2026 dans un projet à double objectif : battre le record de l'heure, et se préparer pour intégrer le collectif des championnats du monde sur piste, en octobre. La réalisation de ces objectifs et l’entraînement qui en découle relèvent de l’optimisation d’un ensemble de facteurs constitutifs de la performance : 

“Premièrement, le coup de pédale sur piste est très différent de celui sur route, notamment l'entraînement par le pignon fixe et le fait de rester constamment sur le même braquet. Deuxièmement, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte pour battre ce record, avec, dans l'ordre de priorité : l'aéro avec le meilleur CdA, le physiologique avec une stratégie de pacing suffisamment ambitieuse mais pas trop coûteuse, la gestion de la chaleur et, par conséquent, les stratégies de pré-cooling en amont.” 

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Faire face au double objectif

Le casse-tête du pacing 

Alors, à quelle puissance et quelle cadence rouler ? Sur un effort d'une heure, la moindre erreur de pacing se paie cash : partir trop fort, c'est risquer l'explosion ; partir trop prudent, c'est laisser filer le record. Trouver le juste équilibre puissance-cadence-gestion de l’allure suppose de concilier trois exigences qui sont parfois opposés : une intensité soutenable sur la durée, une cadence quasi figée, et la chaleur qu'il faut garder sous contrôle. Cette triple exigence est le paramètre qui aura demandé le plus de travail à l'entraîneur, sur plusieurs mois :

“Côté pacing, cela a été certainement pour moi la plus grande interrogation et ce qui m'a demandé le plus de recherches, pour trouver une stratégie qui combine à la fois la gestion de la chaleur, une allure physiologique tenable et suffisamment haute, ainsi que la monotonie de la cadence. Il a fallu dans un premier temps déterminer une zone de cadence optimale avec un faible delta. En collaboration avec Iris et Sam (le staff de l'EDF), on a établi cette zone début juillet. Via cette cadence, j'ai pu ajuster le pacing en watts, sur lequel je travaille depuis plusieurs mois. Dans un premier temps, j'étais parti sur une pyramide inversée, pour finalement revenir sur une stratégie en negative split.” 

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Choisir la bonne stratégie

Les qualités physiologiques à développer 

Le deuxième levier s'est joué autour du développement des qualités physiologiques de Mathias. Pour caler l'intensité au plus juste, le coach s'est basé sur l’amélioration de ses seuils lactiques.

« Après les premiers tests, on a pu déterminer précisément LT1 et LT2. L'effort du record se situe entre les deux : l'entraînement vise donc à développer la zone juste sous LT2. »

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 Le vrai adversaire : la chaleur 

Le choix d’une stratégie en négative split peut interroger. Pourquoi ce choix ? La réponse tient en une problématique : l’environnement particulier que constituent la piste et le vélodrome :

Pourquoi faut-il gérer la chaleur ? Car sur la piste, le phénomène d'évaporation de la sueur est faible et il y a moins de vent qui vient rafraîchir le corps. De plus, la position type CLM est certes plus efficace en aéro, cependant c'est un frein au refroidissement et à la baisse de la température corporelle, car le corps est plus compact : il y a donc moins de surface à refroidir, et il se maintient à des températures élevées parce que chaque membre est très proche ou collé à l’autre."

Depuis près de deux ans, l’entraîneur et Mathias travaillent avec un capteur de température corporelle et des protocoles en environnement chaud. Leur obsession : repousser le plus loin possible le moment de la surchauffe.

« Aujourd'hui, on a des données solides sur la température que Mathias peut supporter à une intensité donnée. La première façon de gérer la chaleur, c'est donc de la gérer par l'intensité de l'effort. »

L'idée n'a rien de théorique. Au dernier championnat de France de contre-la-montre, l’entraîneur de Mathias a vu nombre de coureurs partir en dérive dès le premier quart d'heure. Ceux qui ont maîtrisé leur première moitié d'effort sont aussi ceux qui n'ont pas explosé ensuite, et qui ont signé les meilleurs résultats.

D’autre part, et pour retarder la surchauffe, le coach et son athlète ont mis en place une stratégie : le pré-cooling, des protocoles de refroidissement en amont censés retarder la montée en température. «
Le pré-cooling, on le met vraiment en place cette semaine, pour gérer la chaleur et repousser ce pic. »
 

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Comment refroidir sur la piste ? 

La poursuite aux championnats du monde de cyclisme : le deuxième objectif 

Mathias a choisi de préparer en parallèle au record de l’heure un deuxième objectif : la poursuite par équipe. Cet exercice n'a rien à voir avec l'effort d'une heure : il s’agit d’un effort d’un peu moins de quatre minutes à quatre, un départ violent d'une trentaine de secondes, puis un jeu d'over/under entre puissance critique et efforts au-dessus de la PMA. Pourtant, loin d’être antinomique, l’entrainement à cette épreuve peut se combiner et compléter la préparation du record de l’heure : 

« Il a fallu intégrer ces très hautes intensités dans la prépa pour arriver prêt à la sélection. J'ai programmé avec parcimonie des séances spécifiques poursuite, et glissé sur les séances à basse intensité des efforts entre VO2max et sprint long. Ça complète la prépa du record en travaillant la durabilité à l'épuisement. » 

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Dix semaines pour une heure 

Au bout du compte, la préparation s'étire sur dix semaines, depuis les trois jours de repos qui ont suivi le championnat de France de contre-la-montre, le 25 juin. Un fil conducteur : conserver une large majorité de basse intensité, pour encaisser les séances spécifiques de travail des seuils.
En chiffres :
10 semaines de préparation
18 séances spécifiques record de l'heure, dont 6 de testing (cadence, allure, aéro, lactate, gestion de la chaleur)
8 séances spécifiques poursuite par équipe
26 séances orientées basse intensité
11 séances de préparation physique en salle
• Sur le vélo : 13 séances sur vélodrome, 13 sur home-trainer, 26 sur route
La touche finale avant la tentative ?

« Il reste l'affûtage, une simulation du record avec le pacing réel, et un dernier test lactate pour caler les allures définitives selon la forme et les conditions du jour. Les données exactes ? On les partagera après la tentative. » Reste maintenant à faire fructifier le travail de ces dix semaines sur une heure. Une seule.

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Répartition du volume d'entrainement hebdomadaire par intensités

L'analyse du coach

Semaine 1 :
une semaine de transition post championnat de France qui fait office de semaine 1 de la prépa. 
11h30 avec 95% à basse intensité 

Semaine 2 :
stage équipe de France piste, avec les testings des allures et des cadences pour déterminer le braquet du jour J. Fin de semaine en repos.
13 h avec 90 % à basse intensité et 10 % entre S1 et S2.

Semaine 3 :
une semaine de volume dite de prépa générale, avec seulement 3 sorties pour 25 h de vélo et le défi des 7 Majeurs terminé en 19 h 30 (pauses comprises).
100 % à basse intensité.

Semaine 4 :
semaine de préparation générale avec une première séance spé HR et de la PP.
7 h dont 25 % au-dessus de S1.

Semaine 5 : première semaine de préparation spécifique, avec 2 séances spé HR et le reste à basse intensité.
10 h avec 15 % au-dessus de S1.

Semaine 6 :
deuxième semaine de prépa spécifique, avec 2 séances spé HR où les temps de travail commencent à s'allonger pour atteindre les ⅔ du HR, plus une séance spé PPE.
11 h avec 12 % au-dessus de S1, dont 3 % au-dessus de PMA.

Semaine 7 :
semaine de vacances et plus grosse semaine de prépa, avec 2 séances HR et 2 séances spé PPE.
15 h avec 17 % au-dessus de S1, dont 2 % au-dessus de PMA.

Semaine 8 :
certainement la plus grosse semaine de la prépa, avec beaucoup de séances de qualité spécifiques : 3 séances spé HR, 2 séances spé PPE légèrement allégées, 3 séances plus légères pour dérouler les jambes.
(EN COURS)

Semaine 9 :
stage équipe de France avec les derniers testings aéro et d'allure. 2 séances spé HR avec des temps de travail très proches du HR et 2 séances spé PPE. Fin de semaine en repos.

Semaine 10 :
dernière semaine, et semaine du record de l'heure, avec de l'affûtage, dont une simu HR avec pacing identique en début de semaine et une séance testing lactate pour déterminer les allures précises finales, adaptées aux conditions du jour J et à la forme

À retenir : conserver en majorité de la basse intensité pour compenser les efforts entre S1 et S2 et au-dessus de PMA. Peu d'efforts entre S2 et PMA durant l'intégralité du cycle. Les efforts entre S2 et PMA ont été le travail principal lors du cycle précédent, qui visait le championnat de France de CLM.

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